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Euromed

Kader Arif (PSE) - le 14 mars 2007

Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, je me réjouis, encore plus après ce que je viens d'entendre, de vous présenter ce rapport aujourd'hui.


Il témoigne de ce que la politique méditerranéenne de l'Union est une priorité pour notre institution et qu'elle doit le rester. Le rapport que je vous propose analyse les résultats de plus de douze ans de coopération inscrite dans les objectifs de la conférence de Barcelone. Il avance certaines propositions pour la mise en place d'une zone de libre-échange euroméditerranéenne mutuellement bénéfique. Ce travail de plusieurs mois s'est fait grâce à une coopération étroite avec différents experts, des ONG, des représentants gouvernementaux des pays méditerranéens et, bien entendu, mes collègues parlementaires. Permettez-moi de les remercier pour leur coopération.

Cette bonne intelligence collective, nourrie par le travail constructif des contre-rapporteurs que je remercie chaleureusement, me permet, je le crois, d'aboutir à un texte équilibré reflétant l'ensemble des préoccupations et des questionnements. Cet esprit, cet équilibre général conforté par le vote en commission doit guider le vote de demain en plénière.

Nous devons avant tout établir un constat. En effet, même si chaque partie du monde a sa spécificité, les relations entre l'Union et la rive sud de la Méditerranée sont marquées par le poids de l'histoire, histoire faite de conflits, d'incompréhensions et d'instabilité, une histoire troublée, voire tragique.

C'est pour cette raison que j'ai essayé de construire ce rapport avec un regard avant tout éminemment politique. Un espoir est né avec le sommet de Barcelone en 1995. La volonté politique affichée était de bâtir un partenariat global entre l'Union européenne et les pays du bassin méditerranéen, visant à faire de cette région un espace commun de paix, de stabilité et de prospérité. Mais nous devons constater, aujourd'hui, que les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs et de l'espérance.

Nous vivons depuis dans un contexte politique instable que nous vivons: la guerre au Liban, l'absence de perspectives de paix au Proche‑Orient, des relations complexes depuis le 11 septembre 2001 entre le monde occidental et les pays arabo-musulmans, des relations distendues entre les partenaires du Sud. À cela, s'ajoute l'idée que je crois fausse que l'Europe ne fait pas de sa relation avec la rive Sud de la Méditerranée une priorité.

L'on peut ajouter à ce tableau des inquiétudes, la peur de voir se diluer la philosophie de Barcelone et la nouvelle politique de voisinage prônée par l'Union européenne. Ce serait la fin des convergences et l'apparition de divergences nourries par la concurrence entre pays.

Le contexte est aussi celui d'une triple asymétrie dans les domaines économique, social et démographique. Cette asymétrie criante entre les deux parties prenantes à la zone de libre-échange, c'est-à-dire l'Union et les pays méditerranéens, est également forte entre les pays de la rive Sud et finalement, au sein même de certains de ces pays, entre les régions côtières et urbanisées et l'intérieur des terres rurales.

Face à l'ensemble de ces difficultés, il faut une volonté politique forte, mais nous devons aussi faire preuve de réalisme. C'est pour cette raison et au regard des retards parfois substantiels dans la réalisation des réformes économiques et politiques nécessaires à la création d'un véritable marché euroméditerranéen, que je considère nécessaire de réétudier l'échéance de 2010 comme date d'entrée en vigueur de cette zone de libre-échange.

Les implications d'une telle zone et les changements qu'elle introduira appellent davantage de prudence de la part de tous les partenaires, particulièrement quand il s'agit de partenaires inégaux. Dans la perspective de la création de cette zone de libre-échange, le fil conducteur doit rester l'objectif d'un commerce au service du développement et de la réduction de la pauvreté, particulièrement dans cette région où 30% de la population vit avec deux dollars par jour et où le chômage massif et l'émigration sauvage constituent le seul horizon d'une jeunesse de plus en plus nombreuse.

Notre priorité doit être la constitution d'un véritable espace socioéconomique euroméditerranéen, intégrant au volet économique l'ensemble des questions sociales et environnementales.

C'est pourquoi je préconise une zone de libre-échange qui se bâtisse de façon progressive, maîtrisée, graduelle et concertée. Elle doit par ailleurs être adaptée aux réalités socioéconomiques de chacun des pays.

L'ouverture des marchés ne peut se faire au détriment des pays du Sud, en prenant le risque d'une fragilisation accrue d'un certain nombre de secteurs-clés aujourd'hui sensibles et qui serait due à une confrontation concurrentielle.

Nous savons tous que leur agriculture est peu compétitive et peu diversifiée, avec une majorité de petits exploitations, dont les structures doivent être modernisées, et qu'elle nécessite de notre part une réflexion approfondie autour d'une forme de politique agricole intégrée, axée sur la sécurité alimentaire.

Nous savons aussi que ce sont des pays où s'est développée une industrie à faible technologie et à faible valeur ajoutée qu'il faudra aider par des investissements dans le domaine de la formation et de la recherche, mais aussi par la modernisation des structures de production; nous savons qu'il ne faut pas faire pression sur ces pays pour qu'ils ouvrent brutalement leurs marchés des services, tout en maintenant les services publics hors du cadre des négociations.

Il faudra veiller à tout cela, sinon c'est à l'inverse du développement souhaité et au détriment du bien-être social des populations concernées que nous aurons œuvré. C'est pourquoi reconnaître à nos partenaires le droit de maîtriser le rythme de leur ouverture commerciale et de leur stratégie de développement m'apparaît comme un impératif.

Il s'avère donc indispensable de renforcer globalement la compétitivité des économies des pays MED afin d'assurer leur diversification économique, leur insertion réussie dans le commerce mondial et la répartition équitable des bénéfices attendus; de maintenir un système asymétrique fondé sur des préférences commerciales et sur le maintien d'outils de gestion de l'offre; d'attirer les investissements, peu nombreux dans cette zone; de garantir un espace d'investissement stable et de prévoir des réseaux régionaux d'infrastructures et de transports euroméditerranéens; d'œuvrer au rapprochement politique et économique des pays du Sud de la Méditerranée pour favoriser un renforcement réel de la coopération et de l'intégration.

En conclusion, je souhaite souligner l'impérieuse nécessité d'un regain de volonté politique chez tous les partenaires et du retour d'une vraie coopération au rang des priorités de l'Union, qui sont les conditions indispensables à la relance et à la réussite du processus de Barcelone et d'un espace socioéconomique euroméditerranéen. Sans cela, la zone de libre-échange risque de devenir le symbole du malentendu Euromed. Pour ma génération, il est urgent de passer au temps de la réconciliation, c'est le défi qu'il nous faut relever, chers collègues. Assurer la stabilisation et le développement de cette zone, c'est assurer le développement de la démocratie et de notre stabilité.


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