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Année européenne de l'égalité des chances pour tous (2007) - Vers une société juste

Martine Roure (PSE) - le 12 décembre 2005

Aucune barrière institutionnelle ne sépare un groupe d'un autre, et rien n'interdit à quiconque de faire la preuve de sa valeur et d'en recevoir le prix : des systèmes spécifiques, sous forme d'examens ou de concours, assortis de diplômes, ont été mis en place pour s'assurer des aptitudes de chacun. L'accès aux fonctions les plus importantes est, en principe, ouvert à tous, sans distinction


Cependant, égaux en droit, les hommes ne le sont pas toujours en fait. Du moins l'égalité des chances ne paraît pas réalisée, malgré quelques exemples d'ascension sociale spectaculaire, allégués avec d'autant plus de complaisance qu'ils sont plus exceptionnels.

Les chances de réussite ne sont pas également réparties entre tous, et, si l'organisation sociale ne permet pas à chacun de manifester ses aptitudes, elle entretient des germes graves de frustrations et de tensions.

Ni l'efficacité, ni la justice, ne trouvent leur compte dans cet état de fait. Si telle est bien la situation, près de deux siècles après la promulgation de la Déclaration des droits de l'homme, il y a lieu d'en comprendre les raisons. Faut-il considérer que nous n'avons pas d'issue. Les principes démocratiques seraient-ils un mirage, ou un idéal, qui s'éloigne à mesure qu'on s'en approche ? Nous refusons cette approche.

Il est vrai que les inégalités tendent à se cumuler. Les individus issus de familles modestes ont en moyenne moins de chances de parvenir à un niveau d'instruction élevé. Ceux qui ont un faible niveau d'instruction ont moins de chances de parvenir à un statut social élevé, d'exercer une profession bien rémunérée.

Le nombre de femmes occupant des postes élevés, quels qu'ils soient, est toujours très limité, sinon infime. La prédominance reste en règle générale l'apanage des hommes. Les personnes handicapées n'ont toujours pas droit dans nos sociétés à une juste place. Les personnes homosexuelles sont encore trop souvent discriminées et certains considèrent encore cet état de fait comme normal. La couleur de peau, les origines ethniques laissent sur le bord de la route de nombreux hommes, femmes et enfants.

A-t-on le droit de s'accommoder de cette situation ? A t-on le droit de considérer que rien ne peut être tenté pour rapprocher la réalité de l'idéal démocratique ? Les obstacles paraissent grands, inhérents à l'organisation sociale elle-même. Ce n'est pas en les niant qu'on parviendra à les surmonter. Il nous faut regarder la vérité en face et la dénoncer.

Ainsi les discriminations entraînent souvent des travaux déqualifiés et des emplois instables qui s'accompagnent presque toujours de faibles rémunérations et par conséquent d'un faible niveau de vie. Les personnes qui les subissent ont de grandes difficultés d'accéder à un logement décent et à la santé. Ils n'ont pratiquement aucune chance de bénéficier d'une promotion par le biais de la formation professionnelle continue et leurs loisirs se réduiront à peu de chose. Dans ces conditions, la scolarité de leurs enfants est hypothéquée dès le départ ; ils se trouvent privés des conditions matérielles, relationnelles, affectives qui permettent la construction d'un projet de vie ; et le risque est grand qu'ils se retrouvent dans la même situation que leurs parents. En un mot, le handicap appelle le handicap : celui qui subit les effets des inégalités sociales sous un angle déterminé risque fort de les subir sous d'autres angles.

Ce phénomène de cumul des handicaps, intuitivement perceptible, a pourtant jusqu'à présent été peu étudié. Je souhaite donc demander au Conseil et à la Commission un engagement fort afin que la lutte contre toutes les formes de discriminations soit engagée et ce, dans tous les pays de l'Union.

Je conclurai en rappelant que le 28 août 1963 à Washington : dans son célèbre discours incantatoire "I have a dream", Martin Luther King exprimait avec émotion l'espoir, le « rêve » d'un monde de liberté et de justice pour tous.

Je fais le rêve disait-il que mes quatre enfants appartiendront à une nation où ils seront jugés non pas selon la couleur de leur peau mais en fonction de leur capacités.

Faisons ensemble le rêve que d'ici la fin de la décennie nous aurons enfin une Union sans discrimination, une Union qui donne sa chance à tous ses enfants.


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