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Le sommet de Hampton Court doit répondre à cette inquiétude; il doit adresser un signal clair de la détermination des Européens à défendre leur modèle social et donc à cesser de l'opposer à la compétitivité.
Non, ce n'est pas le modèle social européen – contrairement à ce qu'a prétendu le Premier ministre, il y a quatre mois à Bruxelles, devant ce Parlement – qui est responsable des vingt millions de chômeurs en Europe, c'est la faiblesse de la croissance dans les grands pays de la zone euro, l'absence de coordination des politiques budgétaires et monétaires, qui ne soutiennent pas la demande intérieure et l'investissement, ainsi que l'insuffisance des efforts pour la recherche et pour l'innovation. Sur ce dernier point, je vois que nous sommes d'accord.
Mais je constate aussi que vous avez renoncé à cette rhétorique, qui était censée booster votre présidence mais qui l'a plutôt conduite au surplace, à un certain isolement et au risque de l'enlisement. Ce n'est pas, en effet, en détruisant le modèle social que l'on restaurera la compétitivité de nos économies et que l'on créera la confiance dans l'Europe, mais en misant sur les atouts de l'Europe, sur la qualité des infrastructures, y compris de communication et d'énergie – vous l'avez mentionné –, sur la qualification de la main-d'oeuvre, sur des centres de recherche et des universités mieux coordonnés, sur une politique industrielle commune dans les secteurs d'avenir.
C'est pourquoi notre préférence va plutôt aux politiques menées par les pays nordiques: plus d'investissements dans la recherche, plus de droits à la formation tout au long de la vie, le maintien d'un haut niveau de solidarité et de redistribution, des services publics de qualité. Leur succès montre qu'il y a, pour la compétitivité, une autre voie que la destruction des systèmes de protection collective et la réduction du niveau de solidarité. Ils montrent que réforme n'est pas forcément synonyme de régression. La réforme et la modernisation des systèmes sociaux ne seront acceptées et n'ont de sens du point de vue des citoyens que si elles signifient de nouvelles protections, de nouvelles chances, de nouvelles armes données à chacun pour affronter la compétition, les changements et la mondialisation.
Si les réformes et la modernisation veulent dire alignement de nos systèmes sociaux et de nos économies sur les économies de marché les plus sauvages, on ne contribuera ni à la confiance des citoyens, ni au soutien des réformes. C'est pourquoi il est essentiel de les négocier avec les partenaires sociaux, de relancer le dialogue social, avec pour objectifs l'harmonisation des droits vers le haut, le refus du dumping social entre États membres, et c'est pourquoi nous sommes pour un marché intérieur des services, mais contre la directive Bolkenstein, qui ne vise pas tant à un marché intérieur des services, qu'à l'affaiblissement du modèle social et à l'affaiblissement des services d'intérêt général.
Enfin, effectivement, il n'y aura pas d'Europe dynamique sans perspectives financières ambitieuses. Passer un accord au sein du Conseil sans plus tarder, c'est vital, notamment pour les États membres, et nous nous réjouissons de l'annonce d'un accord sur un certain nombre de directives adoptées par le Parlement en première lecture et aujourd'hui bloquées, la directive sur le temps de travail ‑ mais nous souhaitons que ce soit dans le sens du vote effectué au Parlement européen en première lecture, c'est-à-dire la suppression de l' opt-out – vous nous direz ce qu'il en est –, la directive sur le travail intérimaire, la révision de la directive sur les comités d'entreprise européens, pour renforcer les droits des salariés face aux restructurations, et, enfin, l'élaboration d'une directive-cadre sur les services d'intérêt général. |