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Situation au Moyen Orient

Michel Rocard (PSE) - le 26 janvier 2005

Monsieur le Président, Madame la Commissaire, Monsieur le Haut­ Représentant, je voudrais vous remercier pour la qualité de vos propos introductifs, mais aussi pour toutes les félicitations que vous avez bien voulu m'adresser. J'ai été fier de faire ce travail et une des choses que je peux en dire est que nous avons été excellemment reçus des deux côtés. L'Europe fut la bienvenue, même pour Israël, je tiens à le préciser.


Si je m'attarde, je vais rater mon train ce soir; je serai donc bref et vous pardonnerez ma discourtoisie car je n'aurai pas le temps d'écouter vos réponses. Tout ce que je peux faire d'utile dans le temps un peu ridicule de nos débats est d'insister sur les points essentiels qui doivent continuer à faire l'objet de votre attention.

Premièrement, les élections à venir en Palestine seront beaucoup moins aisées que la dernière: il y avait en effet un seul candidat, pas de réelle contestation du pouvoir et pas de candidat du Hamas. Cette fois, ce sera différent aussi bien pour les municipales que pour les législatives; la compétition sera dure. Je souhaiterais que l'on convainque les Palestiniens de renoncer à l'usage du registre d'identité civile et que les élections municipales, qui viennent avant les élections législatives, soient aussi bien suivies que celles­ci, c'est important.

Fenêtre d'opportunité, lueur d'espoir, ont dit certains, je le crois. Le principal élément de cette lueur d'espoir tient à l'incontestable qualité et densité de la volonté démocratique du peuple de Palestine; mon ami Mc Millan­Scott le disait à l'instant. Il a raison, c'est un choix de paix en même temps qu'un choix de démocratie.

On est moins sûr de l'autre côté. Il faut saluer la décision de M. Sharon d'évacuer Gaza, mais j'attire l'attention sur le fait que, de notre point de vue, celui de la feuille de route, il n'y a aucun lien dans le discours du premier ministre Sharon entre Gaza et le reste, et rien ne nous garantit qu'après Gaza, il songe à la Cisjordanie et à Jérusalem. C'est un point complètement central.

Mon deuxième point concerne l'éradication du terrorisme. On peut faire beaucoup. M. Sharon a raison de l'exiger, Mahmoud Abbas a raison de s'y atteler et il le fait avec courage. Il est sociologiquement sous une occupation étrangère, impossible donc d'éradiquer le terrorisme totalement. Je pense que M. Sharon, en général expérimenté, sait de quoi il parle; il sait qu'en exigeant que tout terrorisme cesse avant la reprise de toute négociation, il demande l'impossible pour être sûr de ne pas l'obtenir. Peut­être faudrait­il le lui dire: le terrorisme sera éradiqué de Palestine quand, tout entier, le peuple palestinien pourra espérer une autre vie. Cela passe par l'économie, l'ouverture des frontières, le commerce, l'activité, la création et une perspective politique. Ce sont les conditions, je crois qu'il est de notre devoir, du devoir de la communauté internationale, de le lui rappeler.

Je voudrais rappeler aussi que rien n'a jusqu'à présent démenti l'analyse tragique d'un éminent universitaire israélien qui, dans un livre que M. le haut­représentant connaît bien pour me l'avoir emprunté, fait l'analyse selon laquelle M. Sharon respecte les hommes palestiniens, ne voudrait pas qu'ils meurent de faim, mais s'emploie à démolir toute identité collective et, au fond de lui­même, à refuser l'État. Cette analyse doit être approfondie dans nos discours et nos travaux pour faire pression sur lui.

Mon dernier message sera pour dire que je crois que ni en Israël ni en Palestine, une autorité politique n'aura de légitimité pour convaincre de la nécessité de sacrifier certains symboles à la paix, qu'il s'agisse de Jérusalem ou du retour, tant que les autorités religieuses ne prêcheront pas elles­mêmes la paix et le partage des symboles pour les rendre consensuels. Sans cela, nous n'arriverons à rien: dites­leur donc de notre part.


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