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La gestion de la crise en Asie du Sud-Est après le tsunami incite plutôt à répondre par la négative. Le premier réflexe de l'administration Bush a été de proposer la constitution d'une coalition des pays donateurs autour des États-Unis, plutôt que d'inscrire naturellement son intervention sous l'autorité des Nations unies. Cette initiative a été perçue en Europe comme le signal d'une continuité par rapport au premier mandat.
L'Europe, comme on le dit à un ami cher, doit dire aux États-Unis d'Amérique: "Vous vous égarez, votre politique vous isole." Toutes les coalitions du monde n'y pourront rien, elles ne masqueront pas la profonde crise de confiance de l'opinion publique mondiale à l'égard des États-Unis. Un essayiste français résumait ainsi ce sentiment largement partagé: "Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux une solution."
Que les États-Unis défendent leurs intérêts, qu'ils défendent leur sécurité avec intransigeance contre le terrorisme, personne ne le leur reprochera. Mais là où surgit le doute, c'est dans les motivations messianiques et idéologiques dont l'administration américaine a assorti l'intervention en Irak. Là où le doute s'enracine, c'est quand les violations caractérisées des droits de l'homme concernent toutes les parties en conflit en Irak. Et là où le doute se transforme en inquiétude, c'est quand la haine de l'Occident contamine des populations entières, par réaction à une intervention militaire mal préparée et qui a manifestement sous-estimé le niveau de résistance des Irakiens à la transition démocratique imaginée par le Pentagone.
Pourtant, la doctrine américaine n'a pas toujours été celle-là. Auparavant, le choix de l'Amérique était de privilégier dans sa politique étrangère la recherche du consensus et d'une forme d'intérêt général. Elle préférait l'accord à la coercition et inscrivait son action dans un cadre multilatéral. En cela, elle remplissait ses devoirs de première puissance mondiale et renforçait son autorité.
L'intervention américaine en Irak y a mis fin. Mais il n'est pas trop tard pour changer, à condition que les États-Unis en prennent eux-mêmes l'initiative. Le préalable doit être la normalisation de leurs relations avec les Nations unies. L'ONU est la seule autorité compétente pour décider d'une intervention militaire internationale et nous devons inviter les États-Unis à s'impliquer aux côtés de l'Europe, d'une part, en faveur du multilatéralisme et du respect du droit international et, d'autre part, en faveur d'une réforme des Nations unies, notamment du Conseil de sécurité et de sa composition. |