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UEM@10 - Les dix premières années de l'Union économique et monétaire

Pervenche Berès (PSE) - le 7 mai 2008

Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, merci de cette communication, de cette occasion de faire à la fois un bilan d'étape et de regarder ce que nous devons faire pour demain.


L'euro est un succès, nul n'en doute. L'euro nous a protégés. Quelle serait la situation de nos marchés financiers, de nos monnaies, dans la turbulence que connaît le monde aujourd'hui si nous n'avions pas eu l'euro? Mais ce succès nous oblige. Il nous oblige à encore davantage d'audace, car nous ne sommes pas une simple zone monétaire, nous avons une responsabilité particulière.

Oui, l'euro est un succès et pourtant, il est porteur de certains de nos défauts intrinsèques. Nous sommes parfois meilleurs en défense qu'à l'offensive. Nous sommes souvent meilleurs lorsqu'il s'agit de compter les points, comme le pacte de stabilité permet de le faire, mais lorsqu'il s'agit d'organiser le plus joli jeu possible, d'optimiser le potentiel que représente une monnaie unique, nous sommes parfois en dessous de l'optimal.

C'est vrai à l'intérieur. Pourquoi n'utilisons-nous pas notre monnaie pour renforcer notre capacité de mise en œuvre d'une stratégie de Lisbonne? Pourquoi n'utilisons-nous pas notre monnaie pour renforcer notre capacité de mettre en œuvre les objectifs que nous nous sommes fixés en termes d'énergie ou d'environnement? À l'extérieur, vous l'avez mentionné et je partage votre diagnostic.

Vous nous proposez des mécanismes d'amélioration de la surveillance multilatérale, vous avez sans doute raison. Mais partons de deux postulats. Le premier: la présidence à long terme de l'Eurogroupe, sous la responsabilité de Jean-Claude Juncker, a permis d'améliorer le fonctionnement de cet organisme. L'indépendance de la Banque centrale n'est pas en cause et ne peut pas être mise en question par qui que ce soit. En partant de ces deux postulats, il nous reste beaucoup à faire et je compte sur vous, Monsieur le Commissaire, pour rééquilibrer cette Union économique et monétaire, qui reste déséquilibrée, dont le bras économique, depuis le premier jour, nous le savons, a besoin d'être amélioré et de trouver les voies de la réforme en progressant. Au bout de dix ans, il nous reste encore beaucoup à faire.

Aujourd'hui, les questions que nous nous posons depuis l'origine sont au rendez-vous, dans un contexte évidemment bien différent. Ce contexte, nous devons l'éclairer à la lumière de deux phénomènes majeurs. Le premier, c'est bien évidemment cette crise qui nous est venue des États-Unis, qui est le reflet du deuxième âge de la globalisation, celui où la question de l'inflation est de retour, celui qui est marqué par une récession américaine qui menace, qui est marqué par un taux de change entre l'euro et le dollar qui défavorise nos exportations – même s'il a par ailleurs des avantages –, et qui est marqué aussi par une hausse incroyable du prix des commodities, du pétrole et des produits alimentaires.

Le deuxième élément de contexte dont nous devons tenir compte, c'est le traité de Lisbonne, qui modifie la donne pour l'Eurogroupe, qui lui donne des responsabilités nouvelles dans la représentation extérieure, dans la coordination. Nous devons en tenir compte et exploiter jusqu'au bout, au maximum, le potentiel de ce traité.

Monsieur le Commissaire, vous nous demandez de contribuer à un consensus. Si le consensus est bon, nous serons là. Mais nous pensons aussi que, peut-être, il faut aller plus loin, avec des propositions concrètes. Je crois comprendre que vous souhaitez recevoir, de la part du Conseil, une feuille de route. Très bien! Mais alors, dites-nous dans quelles conditions le Parlement européen sera entendu dans les propositions qu'il fera pour améliorer la gouvernance de l'euro, pour que le potentiel que représente cette monnaie soit pleinement mis au service des citoyens et pour que demain, la Banque centrale soit mieux acceptée par nos concitoyens. Le fait qu'elle soit devenue une institution nous autorise peut-être à regarder à nouveau les conditions de nomination de ses membres. Vous le savez, cette maison est une maison qui vous est acquise, qui est l'alliée de la Commission lorsque la Commission veut aller de l'avant, mais nous serons aussi un allié exigeant. N'écoutez pas que le Conseil; tenez compte aussi, quelle que soit la lettre des traités, des bonnes propositions qui pourront venir du Parlement européen!

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